Samuel de Champlain et la « ligne des amitiés ». Partie 3

Partie 1 Partie 2 Partie 3

Résumé : Un père lit un livre d’aventure, un soir, à son fils.
Après l’échec de paix lors de la rencontre avec le ‘Vieux de la Montagne’, Samuel de Champlain et ses alliés Hurons, Montagnais et Algonquins, se préparent à faire la guerre contre les ennemis Iroquois…

Le 28 juin 1609, Samuel de Champlain descendit le fleuve Saint-Laurent avec deux puissantes chaloupes remplies de français volontaires, accompagné de trois cents guerriers de bronze amérindiens, peints des ors de la guerre.

Ils traversèrent le pays ennemi.

Le puissant fleuve tumultueux trimbala cette armée jusqu’aux confins du monde.

Les rivages boisés et les murmures inquiétants, résonnaient en écho les évènements mystérieux de la Montagne. Et bientôt, au compte-goutte, la troupe s’amincie. Des alliés Algonquins, Hurons, Montagnais, mais aussi français, prétextaient pour ne pas aller plus loin. Et ainsi, la rivière devint à double sens.

Plusieurs nuits, on dormit dans l’étroitesse des troncs évidés. Enfin, l’armée de pirogues déboucha dans un lac majestueux et large. L’eau scintillante avait la couleur du métal le plus pur.

Eblouit par tant de beauté, Champlain baptisa de son nom la liquide étendue.

Ils glissaient sur les eaux et pêchaient.

 Le soir venu de cette même journée, au détour d’une anse parsemée de bois flotté, et où l’on cherchait un endroit accueillant pour la nuit, un groupe impressionnant de deux cents guerriers Iroquois surgit du brouillard naissant.

Les deux armées, surprises de ce face à face inattendu, balbutièrent quelques invectives et semblant d’attaques.

 Samuel, à ce point diminué des désertions successives, pouvait compter pour la guerre, sur quatre-vingts Algonquins, Hurons et Montagnais, et deux français.

Les Iroquois, fortement contrariés de voir ainsi en toute impunité, les ennemis de toujours, voguer au cœur même de leurs terres, criaient, vociféraient, en levant les bras.

Immédiatement, on banda les arcs, on leva les rames et on amarra, à l’aide d’une corde d’écorce, toutes les pirogues entre elles, afin de former un mur meurtrier face à l’ennemi.

Les iroquois se réunirent sur la rive, et firent une barricade de leurs pirogues.

L’eau noire du lac reflétait la clarté d’une demi-lune. La nuit déloyale, où le guerrier ne distingue pas son frère d’arme, s’était abattu comme un lourd marteau de plomb sur le champ de bataille à venir.

Alors, les chefs des deux camps se mirent d’accord pour un combat, le lendemain.

Les féroces Iroquois installèrent leur campement sous les larges tilleuls odorants. Ils firent des feux qui sentaient bon la fumée de bois et la viande.

 Samuel et ses alliés restèrent dans leurs barques, liés les uns aux autres, pirogues contre pirogues, Seigneurs du Lac. Les estomacs criaient et tournaient la tête. Les poissons eux, jouaient les fanfarons, et ne se laissaient pas prendre.

A la faveur de l’obscurité nocturne, le chef français débarqua secrètement sur la rive spongieuse, ses deux compatriotes. Il avait un plan, tendre une embuscade.

La nuit résonna de cris et d’insultes des deux côtés. Les hommes ne dormirent pas.

Samuel regrettait ses compagnons, François, Etienne et Mathieu, restés à Québec.

Bientôt, la flamboyance du soleil levant, donna le signal. On rompit alors les cordes qui entravaient les embarcations, et on rama ferme pour atteindre le rivage.

Regroupés, les guerriers se peignirent le visage et le corps des couleurs de la guerre, et ils chantèrent.

Un éclaireur Algonquin désigna à Samuel les trois chefs ennemis, bien visibles au milieu de la cohorte, reconnaissables à leur couronne de plumes écarlates.

Des deux camps on se chauffa d’injures, mettant en doute la virilité de l’adversaire. Les corps tatoués et peints brillaient de sueur. Le Grand Manitou ferma les yeux, et l’affrontement commença.

De loin, d’abord. Plusieurs bordées de flèches obscurcirent un temps le ciel bleu. Instant tragique et excitant des premières grimaces des premiers blessés. Un sirop vif, brun et rouge, dégoutta des blessures et attisa la meute.

L’hésitation du choc frontal et la mise à distance de l’adversaire, dissuadés par le tranchant des flèches, qui constamment s’élevaient pour s’abattre sur les peaux, était encouragé par un Samuel rageant des ordres de bataille.

La plage tremblait des jambes puissantes qui fourrageaient le sable. Des pierres frappaient de loin, lancées par un ennemi invisible.

Dans l’azur étincelant, un aigle tournoyait, méprisant ces pantins désarticulés qui étalaient toute leur carne appétissante. Aussi espérait-il y déchirer, bientôt, de larges lambeaux. Il attendait, porté par les courants ascendants, le silence gémissant des mourants.

A un signal reconnu, la troupe amie s’écarta vivement, faisant un passage à Samuel, qui s’engouffra furieusement dans ce corridor musclé. Avec la vitesse d’un fauve, il s’agenouilla dans le No Man’s Land séparant les deux camps, pointa son arquebuse chargée de quatre balles, trembla un peu, et tira.

 La détonation fit sursauter les combattants ennemis, qui, jamais, n’avaient entendu d’arme à feu. C’était un bon tireur, et deux chefs Iroquois tombèrent, morts.

Le temps fut suspendu, immobile, comme la fourmi prisonnière de l’ambre jaune.

Soûlés de stupeur, l’hostilité guerrière Iroquoise diminua. A peine le combat reprit que, déjà, les deux soldats français déposés pendant la nuit, au secret des bois d’érables et d’épinettes blanches, tirèrent aux arquebuses.

Le troisième chef fut atteint mortellement. Sa blessure bouillonna goulûment, et sa poitrine s’affaissa.

Ces deux derniers tirs provenant du fond noir des sous-bois, dupèrent les Iroquois, qui crurent l’armée alliée en bien plus grand nombre qu’il n’y paraissait. Alors, le bloc ennemi se disloqua. On fuyait de tous côtés, hurlant cette fois de terreur. Et les Algonquins, les Montagnais et les Hurons, chargèrent la troupe en déroute. Les flèches perçaient la chair du dos ainsi offerte, les casses têtes défonçaient les os. Quelques rares combats singuliers eurent lieux entre les plus braves.

Des cris, des lamentations et des sanglots, puis un éclat, commun, formidable et victorieux.

La bataille était gagnée.

Samuel dénombra une trentaine de morts ennemis, seulement quinze blessés parmi les siens.

Les alliés célébrèrent l’exploit, mais dans la pénombre des forêts environnantes, des yeux pleuraient de rages et de vengeance future.

La compagnie rentra à Québec.

Les Agniers de la nation Iroquoise, jugèrent l’utilisation d’armes à feu déloyale et lâche. Cette victoire, loin de poser les bases d’une paix souhaitée et durable, fut au contraire, le préambule d’un siècle de guerres ouvertes et terribles, apportant son flot de misère et de désolation.

Plus tard, les Français et les Anglais se livreront des luttes sanglantes, manipulant les Nations Indiennes, au gré des combats et des alliances.

Bien des années passèrent…

François Gravé, vieillissant, mourra de retour en France, en 1629. Son navire sombra au large d’Honfleur.

Etienne Brûlé vivra et se mariera au sein de la tribu Huronne. Marcheur infatigable, curieux, il découvrira les Grands Lacs, le Michigan et explorera jusqu’aux terres du futur état de Pennsylvanie. Tombé en disgrâce auprès de Champlain, ses amis Hurons, avec qui il avait vécu vingt ans, se retournèrent contre lui, l’assassinèrent, et d’après la légende, le mangèrent. Il avait 41 ans.

Mathieu Da Costa mourut à Québec en 1619, en homme libre et traducteur expérimenté.

Samuel de Champlain renforcera et agrandira la cité de Québec. Il fera plusieurs voyages en France afin de trouver des financements nécessaires pour faire vivre et prospérer la colonie. Il meurt à Québec, en 1635, loin de sa femme restée en France, dans cette cité qu’il a rêvée et fondée, et pour laquelle il s’est tant battu. A ce jour, sa tombe n’a toujours pas été localisée. »

 « FIN »

Les murs de la chambre étaient éclairés d’une douce lumière tamisée. Le père referma la couverture épaisse et rigide du livre. Le titre doré ressortait sur le cuir vert impérial.
Sur la tranche il lisait,
« Roman d’aventures »

Il soupira. L’enfant dormait profondément. Il le regarda quelques secondes, attendri, posa le livre sur la petite table de nuit bicolore, éteignit la veilleuse qui bourdonnait doucement, et sorti de la chambre à tâtons.

 Tranquillement, dans l’obscurité, il bailla, et partit se coucher.

Sous sa couette imprimée de voitures rouges souriantes, le petit, bouillonnait plus qu’il n’en paraissait. Dans ses rêves d’enfant, il revivait des aventures épiques et palpitantes. Peut-être était-il l’explorateur Samuel de Champlain, ou l’un de ses compagnons, ou Sinbad, ou le Vieux de la Montagne, ou un chef Indien, ou un Pirate, ou un chasseur de baleine, voguant sur les mers déchaînées et les rivières sauvages.

 Peut-être aussi, quelque part, aujourd’hui encore, faisait-il revivre Sinbad, le vieil homme, protecteur réincarné, poursuivant sa mission du haut de sa Montagne…

Dans ses rêves enfantins, sortis d’un roman d’aventures, tout était possible…

Note de l’auteur :
Chers ami(e)s lecteurs(trices), comme vous l’aurez deviné, cette histoire est romancée.
Cependant, seul l’épisode de la Montagne a existé dans l’imaginaire d’un enfant.

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